Dans un monde où la souveraineté numérique est devenue impraticable mais où la dépendance est mortelle, un dirigeant n’a plus le luxe de l’idéologie. Il doit décider avec des informations incomplètes, sous contrainte géopolitique, et en assumer personnellement les conséquences.
Il y a 21 ans, nous avons créé Kabia parce que nous voulions un hébergement qui nous convenait. Pas de dépendance. Nos infrastructures, nos règles, notre contrôle.
Aujourd’hui, je lis la newsletter de Tariq Krim « En avant pour 2026 » et une phrase me frappe (avec douceur) : « La souveraineté est l’objectif ; La résilience est la réalité atteignable. »
Et je me pose la question : après 21 ans sur le marché, qu’avons-nous encore à donner à nos clients et partenaires ?
Ce que nous avons construit (et pourquoi)
En 2005, la question de la souveraineté numérique n’existait pas dans le débat public. Personne ne parlait de dépendance technologique. Le cloud n’existait même pas sous cette forme.
Nous avons créé Kabia pour une raison simple : nous voulions maîtriser notre infrastructure. Pas par idéologie. Par pragmatisme. Parce que dépendre d’un tiers pour des données critiques nous semblait être une faiblesse.
Vingt et un ans plus tard, nous avons nos infra dans trois datacenters. Des infrastructures physiques. Pas de « souveraineté » en marque blanche qui tourne sur AWS. Pas de promesses marketing. Du matériel, des câbles, de l’électricité, et des équipes qui savent ce qu’elles font.
Ce que le monde est devenu
Et puis le monde a changé.
La guerre en Ukraine a révélé que le numérique était un champ de bataille. Les tensions avec les États-Unis ont montré que même les hyperscalers pouvaient devenir des armes géopolitiques. L’IA a bouleversé toutes les certitudes sur ce qu’était une infrastructure « moderne ».
Tariq Krim écrit : « Trente ans après avoir délocalisé nos emplois en Chine, nous avons aussi délocalisé notre informatique dans la Silicon Valley. »
Et il a raison. Les entreprises françaises et européennes se réveillent brutalement. Leurs données sont à San Francisco. Leurs outils critiques dépendent de décisions prises à Washington. Leurs voitures, leurs tracteurs, leurs processus industriels pourraient être « briqués » par une mise à jour logicielle décidée ailleurs.
Renault doit rassurer ses clients que Google ne coupera pas leurs voitures. On en est là.
La question qui tue
Alors la question que je me pose : Kabia, construit il y a 21 ans par pragmatisme, a-t-il encore quelque chose à apporter dans ce monde fracturé ?
Nous ne sommes pas un cabinet de conseil qui vous vend des slides sur la « transformation digitale ». Nous ne sommes pas un revendeur cloud qui vous promet de la souveraineté en façade. Nous ne sommes pas un vendeur d’IA qui vous dit que la technologie résoudra vos problèmes.
Nous sommes un acteur qui a construit, pierre par pierre, une infrastructure indépendante. Avant que ce soit à la mode. Avant que ce soit stratégique. Avant que ce soit existentiel.
Ce que nous ne promettons pas
Soyons clairs : nous ne promettons pas la souveraineté totale.
La souveraineté numérique complète est un objectif politique noble mais hors de portée pour la plupart des acteurs. Vous ne pouvez pas tout maîtriser. Vous ne pouvez pas fonctionner en autarcie numérique. C’est impossible et dangereux de le prétendre.
Le « zéro dépendance » est un mensonge. Le « cloud souverain magique » est du marketing. Les discours rassurants qui vous disent que tout va redevenir comme avant sont des illusions.
Ce que nous savons faire
Ce que nous savons faire, c’est autre chose.
Nous savons construire des architectures conscientes. Pas des infrastructures où vous mettez tous vos œufs dans le même panier. Des systèmes qui intègrent la possibilité de la rupture dès leur conception.
Nous savons créer des plans B réels. Pas des slides PowerPoint qui rassurent. Des bascules testées. Des redondances effectives. Des solutions qui fonctionnent quand le plan A saute.
Nous savons aider les organisations à encaisser un choc géopolitique sans s’effondrer. Parce que la vraie question n’est pas « comment éviter toute dépendance ? » mais « comment survivre quand une dépendance critique saute ? »
Tariq Krim le dit mieux que moi : nous sommes entrés dans « l’ère de l’impensé où rien de ce que nous considérions comme stable ne le restera longtemps. »
Dans ce monde-là, la résilience n’est pas un concept. C’est une capacité opérationnelle.
Ce que cela signifie concrètement
Cela signifie comprendre que vos décisions techniques sont devenues des décisions géopolitiques.
Votre fournisseur cloud est américain ? Que se passe-t-il si Washington décide demain d’un embargo technologique ?
Votre IA est entraînée sur des modèles chinois ? Que se passe-t-il si Pékin décide d’empoisonner les datasets ?
Vous dépendez d’un outil SaaS brillant mais hébergé en Estonie ? Que se passe-t-il si une cyberattaque massive frappe les infrastructures baltes ?
Ces questions ne sont plus théoriques. La France n’a jamais été autant attaquée qu’en 2025. Neuf Français sur dix ont été piratés. La liste s’allonge chaque jour.

Pourquoi nous existons encore
Kabia existe encore parce que nous avons quelque chose que peu d’acteurs ont : une base technique réelle pour construire ce dont vous avez besoin.
Pas de dépendance cachée à un hyperscaler. Pas de « souveraineté » qui s’évapore au premier coup dur géopolitique. Trois points dans des datacenters. Des infrastructures physiques. Une équipe qui sait ce qu’elle fait.
Et surtout : 21 ans d’expérience à naviguer dans l’incertitude.
Nous n’avons pas attendu que la souveraineté numérique devienne un sujet politique pour comprendre que la dépendance était un risque. Nous l’avons compris en 2005. Nous avons agi. Nous avons construit. Nous avons appris.
Ce que nous ne savons pas
Mais je ne vais pas vous mentir : nous ne savons pas tout. (Je sais, nul n’est parfait 😉
Nous ne savons pas comment l’IA va recomposer les organisations dans les 18 prochains mois. Nous ne savons pas si la bulle des datacenters va exploser. Nous ignorons jusqu’où iront les tensions entre l’Europe et les États-Unis.
Nous ne savons pas si le modèle économique du cloud traditionnel va survivre. Nous ne savons pas si les règles qui régissaient l’Internet vont tenir.
Ce que nous savons, c’est qu’il faut être prêt.
La seule promesse que nous pouvons faire
La seule promesse que nous pouvons faire, c’est celle-ci : nous ne vous vendrons pas de certitudes qui n’existent pas.
Nous ne vous dirons pas que nous avons toutes les réponses. Nous ne vous promettrons pas que la technologie résoudra vos problèmes stratégiques. Nous ne ferons pas semblant que le monde va redevenir simple.
Ce que nous ferons, c’est construire avec vous des systèmes qui peuvent tenir le choc. Des architectures qui intègrent l’incertitude. Des solutions qui fonctionnent quand les règles changent.
Parce que la souveraineté numérique est un objectif politique.
La résilience numérique est une réalité opérationnelle.
Et après 21 ans à construire des infrastructures indépendantes, c’est ce que nous savons faire.
Vous voulez savoir comment construire une architecture résiliente pour votre organisation ? Parlons-en. Sans bullshit. Sans promesses impossibles. Juste ce qui peut vraiment fonctionner dans le monde tel qu’il est.
Corinne Meynier est une personne passionnée par l’entrepreneuriat et la technologie. Elle a co-fondé Kabia en 2005, une entreprise proposant des services à haute valeur ajoutée axés sur les réseaux, la sécurité, l’hébergement internet à très haute disponibilité, le Cloud computing régional PACA et des solutions de mise en réseau et sécurité pour systèmes d’informations.
Elle prête sa voix au podcast Kabia
En plus de son rôle de co-fondatrice chez Kabia, Corinne Meynier est également engagée dans différentes organisations. Elle est membre du conseil d’administration d’EuroCloud depuis novembre 2022, une organisation qui promeut l’adoption du Cloud computing en Europe.
Corinne Meynier partage ses connaissances et son expérience à travers son podcast, qui a pour objectif de donner des clés simples pour comprendre le monde numérique que nous utilisons chaque jour. Elle est une entrepreneuse passionnée qui croit en l’importance de l’humain au centre de la technologie.